Vendre en ligne en Nouvelle-Calédonie : les obligations à connaître
Avant de vendre en ligne en Nouvelle-Calédonie, quatre obligations sont raisonnablement établies : mentions légales, protection des données, TGC et affichage des prix en XPF toutes taxes comprises. En revanche, la protection du consommateur relève en partie du droit calédonien et diffère de la métropole. Ce guide vous informe, il ne remplace pas un conseil juridique adapté à votre situation.
Guide par Nicolas PAYEN
Vendre en ligne en Nouvelle-Calédonie repose sur quatre obligations raisonnablement établies : afficher des mentions légales complètes, protéger les données personnelles de vos clients, gérer correctement la Taxe Générale sur la Consommation et afficher vos prix en XPF toutes taxes comprises. Un cinquième volet, la protection du consommateur (rétractation, garanties, information précontractuelle), demande beaucoup plus de prudence : il relève en partie de la compétence du territoire et ne suit pas automatiquement les règles métropolitaines. Ce guide vous donne les repères pour lancer votre boutique en connaissance de cause. Il informe, mais ne se substitue pas à un conseil juridique adapté à votre activité : sur les points sensibles, faites vérifier votre situation par un professionnel du droit ou l’administration compétente.
Les mentions légales : une obligation qui s’applique bien en Nouvelle-Calédonie
C’est le point le plus clair. La loi pour la confiance dans l’économie numérique du 21 juin 2004 est rendue applicable en Nouvelle-Calédonie par son article 57. Elle impose à tout éditeur de site d’être identifiable. Concrètement, votre boutique en ligne doit permettre à un visiteur de savoir qui est derrière l’écran.
Doivent figurer sur le site, accessibles depuis n’importe quelle page :
- l’identité de l’éditeur : pour un professionnel, la dénomination sociale, l’adresse et un moyen de contact ;
- le nom du directeur de la publication, généralement le représentant légal de l’entreprise ;
- les coordonnées de l’hébergeur du site (nom, adresse, téléphone).
Pour un commerçant calédonien, il est d’usage d’ajouter le numéro RIDET, l’équivalent local du SIRET, qui identifie votre établissement. Ces mentions ne sont pas une formalité décorative : ce sont elles qui donnent confiance à un acheteur qui ne vous connaît pas. La mise en place détaillée est traitée dans le guide créer un site internet en Nouvelle-Calédonie.
La protection des données : le cadre RGPD s’impose par renvoi
Dès que vous collectez des informations sur vos clients, vous entrez dans le champ de la protection des données personnelles. Une boutique en ligne en collecte forcément : comptes clients, adresses de livraison, historiques de commande, sans compter les cookies et les statistiques de visite.
Le règlement européen ne s’applique pas directement au territoire, qui est un pays et territoire d’outre-mer vis-à-vis de l’Union européenne. Mais la CNIL le rappelle : depuis le 1er juin 2019, la loi Informatique et Libertés rend ses règles applicables en Nouvelle-Calédonie, sous son contrôle. En pratique, vos obligations sont équivalentes à celles d’un commerçant métropolitain : informer les personnes, ne collecter que les données utiles, sécuriser les traitements, recueillir le consentement pour les cookies non essentiels.
Un point mérite votre attention si vous livrez au-delà du territoire : un site marchand calédonien qui vend et livre en métropole cible des personnes situées dans l’Union européenne et peut relever directement du RGPD, en plus du cadre local. Ce sujet, central pour beaucoup de e-commerçants d’ici, est développé dans le guide RGPD en Nouvelle-Calédonie et dans mon accompagnement à la conformité RGPD.
La TGC : intégrée dans vos prix, pas ajoutée au paiement
La Taxe Générale sur la Consommation est la taxe locale sur la consommation. Selon la Direction des services fiscaux, c’est une taxe de type TVA appliquée sur les prix à la consommation des biens et des services depuis le 1er octobre 2018, organisée autour de quatre taux. Elle est régie par le code des impôts de Nouvelle-Calédonie.
Pour une boutique en ligne, deux conséquences pratiques :
- vos obligations de collecte et de reversement dépendent de votre situation d’assujettissement et de la nature de vos produits ou services. Le taux applicable n’est pas uniforme : ne l’affichez que si vous l’avez fait valider ;
- les prix présentés au consommateur devant être toutes taxes comprises (voir la section suivante), la TGC est à intégrer dans le prix affiché, et non ajoutée en fin de commande comme une TVA facultative.
Ne devinez pas votre régime. Faites confirmer votre assujettissement, vos taux et vos échéances par la DSF ou votre expert-comptable avant l’ouverture de la boutique. Une erreur de taxe se répercute sur chaque vente.
Afficher vos prix : en XPF, toutes taxes comprises
C’est une règle locale à part entière, souvent sous-estimée. La réglementation économique du territoire, portée par la délibération modifiée n° 14 du 6 octobre 2004, impose un affichage des prix lisible et visible, exprimé en francs pacifiques et toutes taxes comprises. Selon la Chambre de métiers et de l’artisanat de Nouvelle-Calédonie, cette exigence vaut pour tous les canaux de vente, y compris la vente à distance.
Pour votre boutique, retenez notamment :
- les prix affichés sont en XPF, toutes taxes comprises, TGC incluse ;
- une facture ou une note doit pouvoir être remise au client, en particulier sur sa demande ;
- vos conditions générales de vente relèvent aussi de ce cadre local : la CMA-NC rappelle que le fournisseur doit communiquer ses conditions de vente, barèmes de prix et modalités de règlement.
Ces obligations découlent du droit calédonien, pas d’une transposition automatique de règles métropolitaines. C’est précisément ce qui rend la section suivante délicate.
Protection du consommateur : le point où la prudence s’impose
Voici l’avertissement le plus important de ce guide. En métropole, un acheteur en ligne bénéficie d’un socle bien connu : droit de rétractation de 14 jours, garanties légales, information précontractuelle détaillée. La tentation est grande de recopier ces règles sur une boutique calédonienne. Ce serait une erreur.
La protection du consommateur est en partie une compétence de la Nouvelle-Calédonie. La Direction des entreprises, de la consommation, de l’attractivité et des télécommunications l’indique clairement : l’État n’est plus la seule autorité compétente en la matière. Le Code de la consommation métropolitain ne s’applique donc pas de plein droit sur le territoire. Les relations entre professionnels et consommateurs y sont encadrées par des textes propres au territoire, notamment la délibération n° 14 du 6 octobre 2004 sur la réglementation économique et le code de commerce applicable en Nouvelle-Calédonie.
Conséquence directe pour votre boutique :
- le délai de rétractation métropolitain de 14 jours ne s’applique pas tel quel : la Nouvelle-Calédonie prévoit son propre délai, de 15 jours francs pour la vente à distance (délibération n° 14 du 6 octobre 2004). N’annoncez donc pas « 14 jours », et vérifiez les conditions calédoniennes exactes ;
- les garanties, les délais et les obligations d’information précontractuelle peuvent différer de la métropole. Un modèle de CGV téléchargé sur un site métropolitain risque de mentionner des droits qui n’existent pas ici, ou d’en omettre qui existent ;
- en cas de doute, un seul réflexe : consulter le droit réellement en vigueur sur le portail juridique du gouvernement, juridoc.gouv.nc, et faire relire vos conditions par un professionnel du droit calédonien.
Mieux vaut afficher des conditions vérifiées et adaptées au territoire qu’un texte impressionnant mais inexact. Un engagement erroné vous lie tout autant qu’un engagement fondé.
Ce qu’il faut retenir avant de vous lancer
Quatre obligations sont raisonnablement établies pour vendre en ligne en Nouvelle-Calédonie : des mentions légales complètes au titre de la LCEN, la protection des données sous le cadre de la loi Informatique et Libertés contrôlée par la CNIL, une gestion correcte de la TGC, et un affichage des prix en XPF toutes taxes comprises conforme à la réglementation économique locale. Sur ces points, vous pouvez avancer.
La protection du consommateur, elle, demande une vérification locale au cas par cas, parce qu’elle relève en partie de la compétence du territoire et ne suit pas les règles métropolitaines. C’est le point sur lequel je vous invite à ne rien présumer et à faire valider vos conditions avant l’ouverture.
Si vous préparez une boutique en ligne et souhaitez partir sur des bases techniques et de conformité solides, du développement du site à ses mentions légales, découvrez mon accompagnement en développement web, ou parlons-en directement.
Questions fréquentes
Le droit de rétractation de 14 jours s'applique-t-il à ma boutique en ligne calédonienne ?
Pas le délai métropolitain de 14 jours, mais la Nouvelle-Calédonie a le sien. La protection du consommateur est en partie une compétence du territoire : le Code de la consommation métropolitain ne s'y applique pas de plein droit. Pour la vente à distance, la délibération modifiée n° 14 du 6 octobre 2004 prévoit un droit de rétractation propre, de 15 jours francs (et non 14), avec remboursement sous 30 jours. Vérifiez les conditions et exclusions exactes avant de rédiger vos CGV.
Quelles mentions légales dois-je afficher sur un site marchand en Nouvelle-Calédonie ?
La loi pour la confiance dans l'économie numérique du 21 juin 2004 est rendue applicable en Nouvelle-Calédonie par son article 57. Elle impose d'identifier clairement l'éditeur du site, le directeur de la publication et l'hébergeur. Pour un professionnel calédonien, il est d'usage d'y faire figurer le numéro RIDET, l'équivalent local du SIRET. Ces mentions doivent être accessibles depuis toutes les pages de la boutique.
Dois-je appliquer la TGC sur mes ventes en ligne ?
La Taxe Générale sur la Consommation est, selon la Direction des services fiscaux, une taxe de type TVA appliquée sur les prix à la consommation en Nouvelle-Calédonie depuis le 1er octobre 2018, avec quatre taux. Vos obligations dépendent de votre situation d'assujettissement et de la nature de vos produits. Comme les prix affichés au consommateur doivent l'être toutes taxes comprises, la TGC est à intégrer dans le prix de vente et non ajoutée au moment du paiement. Faites valider votre situation par la DSF ou votre comptable.
Le RGPD concerne-t-il un site de vente en ligne en Nouvelle-Calédonie ?
Oui, dans les faits. La CNIL indique que la Nouvelle-Calédonie est alignée sur la métropole depuis le 1er juin 2019 : le règlement européen ne s'y applique pas directement, en raison du statut de PTOM, mais la loi Informatique et Libertés rend ses règles applicables sur le territoire, sous le contrôle de la CNIL. Comptes clients, formulaires, cookies et statistiques de visite sont concernés. Si vous livrez aussi en métropole, le RGPD peut s'appliquer directement en plus du cadre local.